Chapitre 7
La grande fête de Sleepinwood
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Pally et Merwinn se retrouvaient maintenant dans une pièce chaleureuse de l'orphelinat, assis dans une grande bassine en bois remplie d'eau tiède. La vapeur s'élevait doucement, créant une ambiance apaisante et réconfortante. Titis, la grand-mère bienveillante de l'orphelinat, frottait vigoureusement le dos de Pally avec une brosse en bois, tandis que Merwinn, les cheveux remplis de savon parfumé, s'amusait à faire des bulles dans l'eau.
Les deux garçons, malgré les grognements et les grimaces occasionnées par le frottement énergique de Titis, étaient tout sourire, excités de raconter leurs exploits.
"Et puis là, tu vois," commença Pally, son visage illuminé par l'excitation, "on est arrivés devant cette grotte, et il y avait cette araignée géante ! Vraiment énorme, je te jure, Titis. Ses yeux brillaient, ses crocs étaient énormes, comme ça !"
Pally imita les crocs de l'araignée avec ses mains, ouvrant grand la bouche et faisant une tête à l’allure féroce.
"Et elle avait des pattes comme des épées !" il claqua ses mains plusieurs fois sur l'eau pour imiter l'araignée qui essayait de les planter avec ses pattes.
"Tu aurais dû voir sa tête quand Pally lui a montré ses fesses pour me sauver la vie ! Elle était folle de rage !" ajouta Merwinn ricanant les cheveux couverts de mousse, tout en se penchant en avant pour éviter une éclaboussure de Pally.
"Tu as montré tes fesses, Pally !?" s'exclama Titis en lui frappant gentiment la tête, comme pour le réprimander d'avoir fait une bêtise, tout en ayant un sourire qu'elle ne put retenir.
"Aie !", dit Pally en mettant ses deux mains sur sa tête. "Mais Titis c'était la seule façon pour moi d'appâter l'araignée! En plus elle a vraiment cru que mes fesses c'était du poulet vu comment elle a voulu me manger ensuite."
Pally et Merwinn rirent en chœur, mais Titis était inquiète de leur histoire, espérant que leur imagination débordante était la cause de leur péripéties.
"Bon aller ça suffit les bêtises, venez par ici, je vais vous rincer" dit Titis.
Elle prit un seau en bois et commença à verser doucement de l'eau tiède sur les garçons pour les rincer. Chaque geste de Titis était empreint d'attention et d'amour. Elle veillait à ce que l'eau ne soit ni trop chaude ni trop froide, et elle utilisait ses mains, ridées par le temps, pour vérifier la température avant de la verser. Elle frottait doucement leurs cheveux, enlevant chaque trace de savon avec soin, et s'assurait que leurs visages soient bien propres en passant délicatement un chiffon humide. Elle finit leur toilette en leur faisant un gros bisou sur leurs joues rosies par la chaleur et l'excitation.
Une fois bien propres, ils se levèrent des bassines. Titis les enveloppa dans de grands draps en lin, les frottant vigoureusement pour les sécher.
"Vous voilà tout neufs !" dit-elle en souriant. "Allez, allez vous habiller. J'ai préparé des vêtements tout propres pour vous. Ce soir, vous allez briller comme de vrais héros."
Pally et Merwinn, encore tout excités, s’habillèrent rapidement. Pally enfila une tunique en lin blanc cassé avec des broderies marron et un pantalon en toile assorti, parfaits pour les festivités. Il compléta sa tenue avec une ceinture en cuir brun. Merwinn, quant à lui, opta pour une tunique noire à l’extérieur et violet pâle à l’intérieur, ornée de petits boutons dorés en laiton. Il compléta sa tenue avec un pantalon en toile noire, brodé de deux filets violets parcourant l’ensemble du pantalon. Les vêtements, bien que simples, étaient confortables et propres, et les garçons se sentaient prêts à affronter la fête avec éclat.
Pally ajouta sa petite touche personnelle : un bandage autour de la tête qu’il avait décidé de garder suite à une blessure qu’il s’était faite avant de venir à l’orphelinat, on ne sait comment. Titis lui avait remplacé ce bandage lorsqu’il était venu pour la première fois dans l’orphelinat et, depuis, il l’avait toujours gardé. Titis, en le voyant, lui demanda avec un sourire :
“Pally, pourquoi continues-tu de porter ce bandage ?”
Pally répondit en riant : “C’est ma marque de fabrique maintenant, Titis ! Et puis, ça me rappelle de rester vigilant à l’extérieur du village. Et ça me fait penser à quel point tu prends toujours soin de moi.”
Titis, émue, s’exclama : “Oh mon chéri, viens dans mes bras,” et lui fit un gros câlin. Elle leur dit finalement, “Allez-y, ou vous allez être en retard pour la fête !”
Suite à cela, prêts et tout fringants, Pally et Merwinn sortirent de la pièce et tombèrent nez à nez avec Ellendia, l’aînée parmi les orphelins de Sleepinwood, souvent considérée comme la grande sœur de l’orphelinat par le village.
“Oh, vous êtes tout bien préparés !” dit Ellendia en les regardant avec admiration. “Ooooh, j’aime beaucoup tes petits boutons dorés, Merwinn.”
Merwinn devint tout rouge et timide, baissant les yeux et jouant nerveusement avec le bord de sa tunique. Son cœur battait la chamade. Depuis qu’il avait vu Ellendia pour la première fois, il éprouvait pour elle un amour secret, rêveur et profond. La moindre attention de sa part le rendait à la fois heureux et terriblement nerveux.
“Oh, m-merci, Ellendia, tu es très… bel… aus…” balbutia Merwinn, rougissant encore plus.
Pendant qu’il parlait, ses yeux commencèrent à admirer Ellendia de bas en haut. Elle portait une très belle robe fleurie, aux couleurs vives et harmonieuses, qui lui allait à ravir. Sur sa tête, un superbe bandana orangé ajoutait une touche de gaieté à son ensemble, encadrant parfaitement son visage radiant d’une belle énergie. Ses cheveux, d’un noir profond, étaient captivants, avec des reflets vert foncé qui semblaient capturer et jouer avec la lumière, ajoutant une dimension mystérieuse et envoûtante à sa beauté naturelle. Merwinn était sous le charme.
Pally, remarquant son état, demanda avec inquiétude : “Ça va, Merwinn ? Pourquoi tu parles plus ? T’as mal au ventre ?”
Merwinn répondit en agitant ses bras, essayant de montrer que tout allait bien, mais incapable de parler sous la pression.
Soudain, ils entendirent des éclats de rire et de la musique venant de l’extérieur, un bruit de fête comme si beaucoup de gens s’amusaient. Les lumières de la fête scintillaient à travers les fenêtres, et l’air était empli d’une ambiance joyeuse et festive.
Ellendia ne pouvait plus attendre :
“Allez, les garçons, ne tardons plus, la grande fête de Sleepinwood nous attend.”
Elle passa chacun de ses bras en dessous des bras de Pally et Merwinn, et les entraîna avec enthousiasme, bras dessus bras dessous, vers la sortie de l’orphelinat, les emmenant d’un élan énergique jusqu’à l’extérieur.
“Aaah, doucement, Ellendia, doucement !” s’exclama Pally, ressentant la douleur de ses nombreuses blessures dues à ses aventures, tandis que Merwinn, complètement charmé et incapable de parler, se laissait bercer par l’énergie d’Ellendia. Elle ricana en continuant de les entraîner vers la fête.
En arrivant à l’extérieur, Pally, Merwinn et Ellendia découvrirent un spectacle enchanteur. La grande fête de Sleepinwood battait son plein. Des guirlandes lumineuses et des lanternes colorées illuminaient la place du village, créant une atmosphère féerique.
Des stands de toutes sortes bordaient les allées. Il y avait des stands de tir où les villageois tentaient de toucher des cibles avec des fléchettes, des stands de pêche aux canards pour les plus petits, et même un stand de chamboule-tout avec des piles de boîtes de conserve colorées à faire tomber. Le stand de rumsteak du Délice de Benz attirait une foule affamée, tandis que le stand de jus de raisins, proche de la taverne, voyait Durrin en boire encore et encore avec Baloo, son ours, assis tranquillement à ses côtés.
Au centre de tout ces stands, une grande structure en bois, semblable à une piste de danse surélevée, accueillait des couples et des groupes de danseurs, leurs rires et leurs pas résonnant dans la nuit. Les musiciens du village jouaient des airs entraînants, et l’ambiance était à la fête et à la joie.
Main dans la main, les trois amis observèrent la fête avec émerveillement.
“Regardez tout ça !” Pally ne savait plus où poser les yeux. “Je veux tout essayer !”
Merwinn acquiesça avec un sourire rêveur, les yeux fixés sur le carrousel scintillant. “Mais on commence par quoi?”
Ellendia, avec un sourire, les guida du regard vers la grande structure en bois. “Commençons par là, les garçons. La grande structure en bois. C’est là que tout le monde danse. Vous verrez, c’est magique !”
Pally fit une grimace. “Danser ? Oh non, je préfère les stands de tir !”
Mais Ellendia ne lui laissa pas le choix. Elle les attrapa fermement et les tira avec elle. “Allez, Pally, tu verras, c’est amusant !” dit-elle en riant.
Merwinn, incapable de résister à l’enthousiasme d’Ellendia, se laissa entraîner avec plaisir, tandis que Pally grognait légèrement, mais se laissait quand même emmener vers la grande structure en bois.
Une fois montés sur la plateforme, Ellendia commença à danser avec aisance et leur montra comment faire. Pally, cependant, refusa et regarda autour de lui, se demandant pourquoi les gens appréciaient danser. Il se disait que c’était ringard et gênant. Mais il commença soudain à sentir ses pieds chauffer. “C’est bizarre, on est en hiver pourtant,” se dit-il. “Ah, ah, ah !” Ses pieds brûlaient de plus en plus, le forçant à mettre un pied après l’autre.
Ellendia lui lança, en riant : “Ah bah voilà, quand tu veux t’y mettre !”
Pally, perplexe, demanda : “Mais pourquoi mes pieds brûlent comme ça ?”, toujours en alternant un pied après l’autre.
Ellendia répondit avec un sourire malicieux : “C’est la base même de cette structure. Du feu est allumé en dessous pour que la plateforme soit chaude et oblige les gens à danser en mettant un pied après l’autre. C’est comme une façon de contraindre les petits rabat-joie comme toi !”
Pally répliqua : “Mais c’est vicieux !” et se tourna vers Merwinn pour chercher un regard complice.
Mais Merwinn était resté sans bouger, hypnotisé par la danse d’Ellendia, ses pieds sûrement en train de chauffer mais il ne le remarquait pas, trop charmé par sa beauté.
“Hey Merwinn, bouge, bouge !” s’exclama Pally, en prenant Merwinn par les mains pour le forcer à bouger. Cela donna l’image que les deux étaient en train de danser ensemble.
Ellendia, en les voyant, éclata de rire : “Regardez-vous, vous dansez à merveille !”
La musique enjouée résonnait autour d’eux, et la structure en bois semblait vibrer sous leurs pieds, amplifiant chaque pas qu’ils faisaient. Les guirlandes de lumières illuminaient la scène d’une douce lueur dorée, ajoutant une touche magique à l’atmosphère. Autour de la plateforme, les villageois riaient et applaudissaient, certains rejoignant la danse, d’autres se contentant de regarder et de taper des mains en rythme avec la musique.
Pally et Merwinn, bien que maladroits au début, se mirent peu à peu au rythme de la danse. Merwinn, toujours rougissant, suivait les mouvements de Pally, leurs pieds se déplaçant de manière synchronisée sur la plateforme chauffée.
Ellendia les rejoignit, ses mouvements fluides et gracieux les entourant d’une énergie contagieuse. “Allez, laissez-vous porter par la musique !” cria-t-elle joyeusement. Les trois amis riaient ensemble, perdus dans l’instant, oubliant leurs soucis et savourant la magie de la fête.
Suite à ça, le trio enchaîna sur les autres stands. Ils s’arrêtèrent d’abord au stand de tir où Pally tenta de toucher les cibles avec des fléchettes. Malgré ses efforts, il n’en atteignit que quelques-unes. Merwinn, motivé par le regard d’Ellendia qui l’observait avec attention, se concentra intensément. Avec une précision surprenante, il réussit à toucher presque toutes les cibles, remportant ainsi le prix principal : une petite poupée en tissu. Fier de son exploit, il offrit la poupée à Ellendia, qui fut ravie et le remercia avec un grand sourire.
Ensuite, ils se dirigèrent vers le stand de pêche aux canards. Pally et Merwinn riaient en essayant d’attraper les petits canards en bois flottant sur l’eau, tandis qu’Ellendia les taquinait gentiment sur leur manque de précision.
Le stand de chamboule-tout attira également leur attention.
Ils remarquèrent que William, un autre orphelin de Sleepinwood, était déjà là, lançant des balles avec une intensité notable.
Dès que Pally arriva, la tension monta immédiatement. Pally et William ne pouvaient pas se saquer, et leur rivalité était bien connue.
Les deux garçons se retrouvèrent vite dans une compétition acharnée. Pally, utilisant sa force brute, lançait les balles avec toute sa puissance, tandis que William, plus stratégique, étudiait les angles avant de lancer. Les boîtes de conserve volaient dans toutes les directions sous leurs coups acharnés.
À un moment donné, dans l’excitation du jeu, Pally lança une balle qui dévia de sa trajectoire et heurta William. La tension monta d’un cran, les deux garçons se retrouvant face à face, prêts à en découdre.
Saisissant la situation, Ellendia et Merwinn se précipitèrent pour intervenir. Ils attrapèrent Pally chacun par un bras et, dans un élan de solidarité, l’entraînèrent rapidement loin du stand.
“Allez, on va au stand de Benz !” déclara Ellendia, essayant de détendre l’atmosphère.
Le trio continua leur périple, s’arrêtant au stand de rumsteak du Délice✨ de Benz où ils savourèrent de délicieuses tranches de viande grillée au miel que Pally et Merwinn avaient fraîchement extrait. Benz avait l’air ravi du succès de ces rumsteaks.
Ensuite, ils passèrent par le stand de jus de raisin, proche de la taverne, où ils aperçurent Durrin et Baloo. Le nain, jovial et animé, les accueillit avec enthousiasme.
“Aaaaah, mes p’tits aventuriers !” s’exclama Durrin, levant une chope de jus de raisin en leur direction. “Comment ça va, les gars ? Toujours à courir après les ennuis, hein ?”
Pally sourit, ravi de voir Durrin. “Salut, Durrin ! Oui, on profite de la fête. Comment ça va avec Baloo ?”
Le nain éclata de rire. “Ah, Baloo, ce vieux coquin, il va toujours bien. Hein, mon grand ?” Il tapota affectueusement l’ours sur le flanc, et Baloo grogna doucement en réponse.
Pendant ce temps, Ellendia, restée un peu en retrait, observait la scène avec intérêt. Elle ne connaissait pas bien Durrin, mais l’énorme ours Baloo captait toute son attention.
Elle s’approcha timidement de Baloo, qui la regarda avec ses grands yeux doux. Durrin, remarquant son intérêt, s’adressa à elle : “Pas d’crainte à avoir, m’demoiselle. Baloo est plus doux qu’un agneau quand il s’y met. Allez, approche, il va t’aimer.”
Ellendia, rassurée, tendit une main hésitante vers Baloo, qui renifla doucement avant de lui lécher la main, provoquant un sourire émerveillé sur le visage de la jeune fille.
“Vous avez raison,” dit-elle en riant, “il est vraiment adorable !”
Merwinn, un peu intimidé, mais curieux, demanda : “Et toi, Durrin, tu t’amuses bien ?”
Durrin hocha la tête avec énergie. “Oh, oui ! Entre les stands et l’bon jus d’raisin, j’me régale ! Vous devriez y goûter, les gars, c’est succulent.” Il but une longue gorgée puis ajouta : “En plus, on m’a dit qu’on doit cette cargaison grâce à vous !”
Pally sourit et répondit : “Pour ramener cette cargaison, c’était une longue histoire.”
Durrin se rapprocha discrètement d’eux, et d’une façon qui ne lui ressemblait pas, commença à parler doucement. “Oui, d’ailleurs en parlant d’cette histoire, Marcel m’a raconté c’qui s’est passé dans la caverne.”
Pally et Merwinn devinrent très attentifs, n’ayant jamais vu Durrin parler aussi sérieusement et calmement. Ellendia écoutait d’une oreille discrète.
“Les araignées géantes, j’me fais ça au p’tit déj,” dit Durrin en essayant de détendre un peu l’atmosphère. “Mais Marcel m’a aussi parlé des bruits qu’vous avez entendus dans cette grotte, des bruits qui n’avaient rien à voir avec des araignées.”
Pally, les sourcils froncés, fixa Durrin avec intensité. Merwinn, de son côté, déglutit nerveusement, les yeux écarquillés.
Durrin les regarda un moment avant de poursuivre, sa voix grave et posée. “Et ça, j’en connais un rayon, étant donné qu’j’suis un rôdeur, j’ai l’habitude de la route. »
Il prit un air encore plus sérieux.
“J’pense qu’une créature se cache dans les bois.”
Pally et Merwinn échangèrent un regard inquiet. Les yeux de Merwinn s’élargirent encore plus, une lueur de peur visible dans son regard. Pally, bien que tentant de rester stoïque, ne put empêcher un petit frisson de parcourir son échine. Cependant, en même temps, une vague d’excitation l’envahit à l’idée de vaincre cette mystérieuse créature. La perspective d’une nouvelle aventure le captivait déjà.
Ellendia, qui écoutait discrètement à quelques pas de là, sentit son cœur s’accélérer. Elle ne connaissait pas bien Durrin, mais la gravité dans sa voix ne lui échappa pas. Son regard se posa instinctivement sur Baloo, l’ours, qui restait tranquille à côté de son maître, comme une ombre protectrice. Ellendia se demandait quel genre de créature pourrait bien inquiéter un rôdeur accompagné d’un ours aussi massif comme Durrin.
Durrin, remarquant leur trouble, ajouta doucement, “Faut pas paniquer, les enfants. Mais faut rester vigilants. La forêt cache parfois des choses qu’on n’comprend pas tout de suite.”
Alors qu’ils digéraient cette information inquiétante, une voix puissante se fit entendre à travers la fête.
“Rassemblez-vous tous autour de la structure montée !” Pierrot, le marchand du village, appelait les villageois à se réunir autour de la grande structure en bois surélevée pour un événement imminent.
Les enfants échangèrent un dernier regard avec Durrin avant de suivre le flot des villageois vers la structure. L’atmosphère de la fête était devenue à la fois festive et tendue, une excitation palpable mêlée à une nouvelle inquiétude. Mais très vite, cette inquiétude prit fin avec l’annonce de Pierrot.
“Un combat d’exhibition va avoir lieu entre notre chef du village, Braum, et notre sauveuse contre les bandits pourpres, Cirilla !”
Pally et Merwinn répétèrent en chœur, “Cirilla !!?” en se regardant, leurs yeux s’illuminant d’excitation et de surprise.
“Je n’peux pas y croire! Cirilla va se battre?!” murmura Merwinn, ses joues rougissant d’admiration.
“Ça va être incroyable,” ajouta Pally, un frisson d’anticipation parcourant son dos.
Ellendia, qui avait écouté discrètement, les interrompit avec un sourire malicieux. “Allez, les garçons, on va voir ce duel de plus près. Qui sait, peut-être que vous apprendrez quelques astuces de combat !”
Ils se frayèrent un chemin à travers la foule, cherchant le meilleur point de vue pour assister au duel. L’excitation montait, et tout le village semblait retenir son souffle en attendant le début de l’exhibition.
D’un côté de la structure surélevée, Braum se tenait prêt, équipé de son ancienne armure de soldat. Un heaume solide sur la tête, une épée en fer dans une main et un bouclier dans l’autre, il incarnait la puissance et la discipline.
De l’autre côté, Cirilla, calme, habillée plus légèrement, portait une tunique blanche, un pantalon noir et des bottines marron. Son ensemble était parsemé de ceintures marron, permettant d’y fixer quelques couteaux et d’attacher son épée dans le dos. Ses cheveux blanc cendrés étaient attachés en chignon, lui donnant un air à la fois élégant et redoutable. Elle avait l’air agile et prête à bondir à tout moment.
Les villageois chuchotaient entre eux, et les enfants, Pally, Merwinn, et Ellendia, attendaient avec impatience, les yeux rivés sur les deux combattants.
Un air solennel résonnait, joué par les musiciens aux tambours, comme pour prévenir qu’un grand combat approchait. La tension montait dans l’air, chaque battement de tambour renforçant l’anticipation de l’affrontement imminent.
Pierrot leva les bras pour attirer l’attention de la foule, sa voix résonnant au-dessus des murmures et des battements de tambour. “Mesdames et messieurs, le moment que vous attendiez tous est enfin arrivé ! Préparez-vous à assister à un combat d’exhibition entre notre valeureux chef du village, Braum, et la redoutable Cirilla, notre sauveuse contre les bandits pourpres !”
La foule retint son souffle tandis que Braum et Cirilla prenaient leurs positions sur la grande structure en bois. Le silence s’installa, seulement rompu par les battements rythmés des tambours. Pierrot abaissa sa main en un geste dramatique, signalant le début du combat.
Braum, équipé de son armure d’ancien soldat, brandit son épée en fer et son bouclier, avançant prudemment vers Cirilla. De son côté, Cirilla, calme et concentrée, fit un léger signe de tête, puis dégaina son épée avec une élégance fluide.
Les premiers échanges furent méthodiques et mesurés. Braum, utilisant son bouclier pour bloquer les attaques de Cirilla, montrait une force impressionnante, mais Cirilla se retenait visiblement. Elle dirigeait ses coups de manière à ce que Braum puisse les parer aisément, ne cherchant pas à le blesser.
“Bien joué, Braum !” lança-t-elle avec un sourire en esquivant une attaque et en ripostant avec une frappe rapide que Braum dévia avec son bouclier.
Le public applaudissait chaque mouvement, fasciné par la danse habile des deux combattants. Pally et Merwinn étaient émerveillés par la maîtrise et la grâce de Cirilla, tandis qu’Ellendia observait attentivement chaque mouvement.
Braum tenta une attaque puissante, mais Cirilla l’anticipa et se déplaça avec une agilité surprenante, le contournant facilement. Elle fit mine de porter une attaque rapide, mais s’arrêta juste avant de toucher, laissant Braum ajuster sa garde.
Leurs épées s’entrechoquèrent encore plusieurs fois, le cliquetis métallique résonnant dans l’air. Cirilla continua à modérer ses coups, utilisant juste assez de force pour créer une belle démonstration sans mettre Braum en danger. La foule était captivée, applaudissant et criant d’encouragement à chaque échange.
Cirilla changea soudain de tactique, dans un mouvement spectaculaire, glissant sur le bois de la structure, son épée frôlant le sol avant de remonter en un arc rapide vers Braum. Il réussit à intercepter l’attaque avec son bouclier, mais l’élan de Cirilla le fit reculer de quelques pas. La foule émit un “oh” d’admiration.
“Bien défendu!” dit-elle pour l’encourager, avant de bondir en arrière et de reprendre une position défensive.
Braum, légèrement essoufflé mais déterminé, sourit. “Merci, Cirilla. » Il reprit son souffle. « Comme tu peux le voir, je ne suis pas encore fini !”
Les deux combattants se retrouvèrent face à face, et Cirilla, sprintant vers Braum, utilisa une feinte, simulant un coup à la tête avant de pivoter rapidement et de frapper vers les jambes de Braum. Celui-ci leva le pied pour éviter le coup, et tenta avec son bouclier de déséquilibrer Cirilla. Elle fit mine d’absorber le choc avec son épaule pour immédiatement esquiver le coup avec une grâce féline, ce qui déséquilibra Braum vers l’avant. Elle finit son mouvement par mettre simplement sa jambe en barrage, faisant tomber Braum au sol et pointa son épée vers lui, signifiant ainsi sa victoire.
Braum baissa légèrement son épée et leva la main. “Je pense que ça suffit pour aujourd’hui. Merci, Cirilla, pour ce combat.”
Cirilla hocha la tête, rengainant son épée et lui présentant une main aidante. “Avec plaisir, Braum. C’était un honneur.”
La foule éclata en applaudissements et acclamations, célébrant la fin du combat. Pally, Merwinn et Ellendia se joignirent aux acclamations, le cœur battant d’excitation après avoir assisté à un spectacle aussi impressionnant.
Pally, Merwinn et Ellendia décidèrent d’aller retrouver Cirilla, mais la foule dense les ralentit. En se frayant un chemin, ils aperçurent au loin Cirilla parler à Braum. Son visage sérieux contrastait avec l’assurance détendue qu’elle avait montrée pendant le combat.
Le temps qu’ils atteignent Braum, Cirilla était déjà partie en urgence pour une raison qu’ils ignoraient.
“Braum, où est Cirilla ?” demanda Pally, visiblement frustré.
“Elle est partie,” répondit Braum, secouant la tête.
“Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ?” insista Merwinn.
“Je ne sais pas,” admit Braum. “Elle n’a pas voulu dire pourquoi, mais c’était visiblement urgent. Je respecte sa décision.”
Pally serra les poings, la frustration évidente sur son visage. “C’est pas juste…” murmura-t-il, agacé par le mystère entourant le départ précipité de Cirilla.
À ce moment-là, quelqu’un appela Braum, l’obligeant à partir à son tour. Les laissant là, Braum leur adressa un sourire rassurant avant de se détourner.
Pally piétinait le sol avec frustration, tandis que Merwinn et Ellendia partageaient sa déception, leurs visages tristes reflétant le même sentiment de vide. Cet ascenseur émotionnel fut difficile pour eux, la montée d’excitation suivie par la soudaine déception les laissant désorientés et abattus.
Quelques minutes passèrent, Pally et Merwinn étaient assis l’un à côté de l’autre, en face de la grande structure surélevée, silencieux. Ellendia, n’arrivant pas à les faire redescendre de leur frustration, décida de partir avec sa nouvelle poupée. Elle se dirigea vers Titis, qui voulait être accompagnée au stand des canards.
Pally se reprit et dit à Merwinn : “C’est pas grave, d’abord. Elle reviendra rapidement. En attendant, pour enlever notre frustration, on va faire des bêtises. T’es partant ?”
Merwinn, toujours un peu abattu, releva la tête et esquissa un sourire : “Des bêtises ? Qu’est-ce que tu as en tête ?”
Pally se mit à réfléchir, un sourire malicieux apparaissant sur son visage : “J’ai une idée. On pourrait aller sous la structure surélevée et augmenter la chaleur. Imagine voir les danseurs accélérer le pas et danser comme des hystériques à cause de la chaleur de la plateforme !”
Merwinn se redressa, l’enthousiasme revenant dans ses yeux : “Oh, ça serait trop drôle ! Allons-y avant que quelqu’un ne nous attrape !”
Les deux garçons se faufilèrent discrètement vers l’arrière de la structure, vérifiant plusieurs fois autour d’eux pour s’assurer que personne ne les voyait. Leur cœur battait la chamade, excités et nerveux à l’idée de mettre leur plan en action.
“Voilà, c’est ici,” chuchota Pally en pointant une petite trappe métallique.
“Et on fait comment pour augmenter la chaleur ?” demanda Merwinn, les yeux pétillants d’excitation.
Pally sourit et ouvrit la trappe, révélant un système de leviers et de commandes. “On va tourner ce levier vers la droite, comme ça,” expliqua-t-il en le faisant tourner doucement. Le mécanisme émit un léger grincement.
“Ça va marcher, tu crois ?” s’inquiéta Merwinn.
“Bien sûr que oui,” répondit Pally avec assurance. “Maintenant, viens, on va regarder ce qui se passe.”
Ils se cachèrent derrière une pile de caisses, observant la scène depuis leur cachette. Sur la plateforme, les danseurs continuaient de bouger au rythme de la musique, mais quelques instants plus tard, des expressions de surprise apparurent sur leurs visages.
“Eh, tu sens ça ?” cria un danseur en essuyant son front en sueur. “Ça chauffe drôlement !”
“Allez, on bouge !” hurla un autre en accélérant le pas, ses mouvements devenant de plus en plus frénétiques.
Les deux garçons échangèrent un regard complice et étouffèrent un rire en voyant les danseurs commencer à sautiller et à gesticuler de manière exagérée.
“Regarde celui-là, on dirait qu’il fait une danse de la pluie !” s’esclaffa Merwinn, pointant du doigt un homme qui semblait faire des sauts désordonnés.
“Et celle-là, elle fait des tours sur place comme une toupie !” ajouta Pally, les larmes aux yeux de rire.
L’agitation sur la plateforme devenait de plus en plus intense, les danseurs se déplaçant rapidement pour éviter la chaleur grandissante sous leurs pieds. Les mouvements désordonnés et les exclamations de surprise créaient un spectacle hilarant.
“Je crois qu’on a réussi notre coup,” murmura Pally avec satisfaction. “Ils dansent comme des hystériques maintenant.”
Soudain, une voix grave et autoritaire les fit sursauter. “Qu’est-ce que vous faites là, vous deux ?” C’était Braum, qui venait de les surprendre en plein acte.
Pally et Merwinn se retournèrent, pris sur le fait, mais incapables de retenir leurs rires en voyant l’effervescence sur la plateforme.
“On… euh… on voulait juste s’amuser un peu,” balbutia Pally, les joues rouges de honte et de rire.
Braum, les sourcils froncés, secoua la tête avec un air sévère. “Amuser, hein ? Eh bien, vous allez maintenant apprendre à assumer les conséquences de vos actes. Vous êtes de corvée de vaisselle pour toute la fête. Rendez-vous à l’entrée sud du village.”
Les deux garçons déglutirent, réalisant la gravité de leur situation. Sans un mot de plus, Braum les escorta jusqu’à l’endroit désigné, où une pile de vaisselle sale les attendait déjà.
“Et ne pensez même pas à vous défiler. Je veux que chaque assiette brille,” ajouta Braum avant de repartir.
Pally et Merwinn se mirent à la tâche, la tête basse. Pally, jeta un coup d’œil à Merwinn, et murmura : “C’était drôle, quand même…”
Merwinn hocha la tête avec un petit sourire. “Oui, mais la prochaine fois, peut-être qu’on devrait être un peu plus prudents.”
Les deux amis se mirent à rire doucement, partageant ce moment malgré la corvée qui les attendait.
Trente minutes passèrent et ils étaient loin d’avoir fini. La pile de vaisselle semblait interminable. Pally, frottant vigoureusement une assiette, soupira. “Pff, on en a encore pour un moment…”
Merwinn, prenant une pause et essuyant la sueur de son front, jeta un coup d’œil à Pally. “Pally, tu crois qu’Ellendia m’aime bien ?”
Pally leva les yeux, surpris par la question. “Bien sûr qu’elle t’aime bien. Pourquoi tu demandes ça ?”
Merwinn, visiblement embarrassé, jouait avec une éponge. “C’est juste que… elle est tellement… géniale. Et moi, je suis juste… moi.”
Pally haussa les sourcils, ne comprenant pas vraiment où Merwinn voulait en venir. “Ben oui, tu es toi, et il est où le problème? »
Merwinn rougit légèrement. “C’est juste que… j’aimerais bien qu’elle m’aime un peu plus.”
Pally se mit à rire doucement, commençant à comprendre. “Ah, c’est ça ! Ben, je suis sûr qu’elle t’aime bien. Et puis, t’as vu comment elle t’a souri quand tu lui as offert la poupée ? T’as toutes tes chances, mon pote.” Lui dit-il en levant le pouce en l’air comme pour l’encourager.
Merwinn hocha la tête, un sourire timide apparaissant sur son visage. “Tu crois ? C’est vrai qu’elle avait l’air contente…”. Il acquiesça, se sentant un peu plus encouragé. “Merci, Pally. T’es vraiment mon meilleur ami.”
Pally reprit une assiette et commença à la laver. “Allez, finissons ça vite. Peut-être qu’on pourra encore profiter de la fête apr….”
Soudain, un bruit non loin de l’entrée du village retint son attention. Un craquement, suivi d’un bruissement dans les buissons. Pally se figea, sentant ses muscles se tendre, chaque fibre de son être prête à réagir.
“Tu as entendu ça ?” demanda-t-il à voix basse, jetant un coup d’œil à Merwinn.
Merwinn, plongé dans ses pensées, s’arrêta de frotter une assiette et tendit l’oreille. La sueur qui perlait sur son front n’était plus due uniquement à l’effort.
“C’était… peut-être un oiseau,” dit-il, mais l’incertitude dans sa voix trahissait son malaise.
Le bruissement se fit à nouveau entendre, cette fois plus proche, plus distinct. Son coeur battait si fort qu’il en oublia le froid de l’eau sur ses mains. Il n’y avait aucun oiseau dans la forêt à cette heure-ci, et encore moins un capable de provoquer ce genre de bruit.
Les paroles de Durrin concernant une créature rôdant dans les bois leur revinrent soudain en mémoire, et un frisson parcourut leur échine. Pally et Merwinn échangèrent un regard, la même pensée traversant leur esprit. Et si c’était elle ? Si cette créature mystérieuse, dont Durrin avait parlé d’un ton grave, s’était aventurée plus près du village ?
Les bruits de la fête semblaient désormais appartenir à un autre monde, distant et inaccessible. Ici, près de l’entrée du village, l’obscurité était plus dense, plus menaçante, comme si elle abritait un secret que seuls Pally et Merwinn pouvaient percevoir.
“Attention, Merwinn,” murmura-t-il enfin, les yeux fixés sur les ombres mouvantes. “Nous ne sommes pas seuls.”