Chapitre 5
Duel sur la cascade
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Pally et Merwinn quittèrent la taverne, le vent froid de l’hiver mordant leurs joues alors qu’ils se dirigeaient vers le nord. Le sentier menant à la montagne était recouvert de neige fraîchement tombée, étouffant les bruits de leurs pas et ajoutant une atmosphère feutrée à leur expédition.
"Tu penses qu'on trouvera Marcel facilement ?" demanda Merwinn, les yeux plissés pour scruter les environs enneigés.
"Je suis sûr qu'on trouvera des indices sur son passage. Marcel ne doit pas être très loin," répondit Pally, ajustant son écharpe.
Le chemin était escarpé et parsemé de rochers, mais cela ne faisait qu'ajouter à l'aventure. Ils escaladaient des parois rocheuses, se hissant avec agilité sur des lianes épaisses qui pendaient entre les arbres. Ils connaissaient bien ce chemin, car il menait vers la maison de Cirilla, leur mentor.
"J'ai hâte de revoir Cirilla... Elle me manque tellement. J'espère qu'elle va bien," dit Merwinn, jetant un regard inquiet à Pally.
"Tu t'inquiètes pour Cirilla ?" demanda Pally amusé. "C'est une guerrière redoutable et hors norme. Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi fort qu'elle."
"Oui, c'est vrai qu'elle a réussi, à elle seule, à battre le chef des bandits pourpres, là où nous deux étions incapables de le faire," répondit Merwinn, ce qui irrita un peu Pally.
Le paysage devint de plus en plus sauvage et impressionnant à mesure qu'ils gravissaient la montagne. Les arbres, leurs branches alourdies de neige, formaient un tunnel blanc et scintillant sous le soleil d'hiver. Chaque pas dans la neige fraîche émettait un léger crissement, seul bruit perceptible dans cette nature endormie.
Finalement, ils débouchèrent sur un grand plateau. Devant eux s'étendait un panorama spectaculaire : une immense cascade se déversait avec fracas dans une étendue d'eau gelée en contrebas. La glace recouvrait une partie de l'eau, mais on pouvait voir le courant puissant et indomptable de la rivière qui continuait son chemin à travers la vallée enneigée. Le bruit assourdissant de la chute d'eau résonnait dans l'air, créant un contraste saisissant avec le silence de la forêt qu'ils venaient de quitter.
La rivière, large et impétueuse, leur faisait barrage, rendant impossible toute traversée directe. Au loin, un pont en bois, ancien mais robuste, surplombait la cascade à son sommet, là où la distance entre les deux morceaux de terre était la plus courte. Pour atteindre ce pont, ils devaient encore monter la montagne, empruntant un sentier escarpé serpentant parmi les rochers et les arbres gelés.
La montée, bien que difficile, ne les intimidait pas. Pally et Merwinn étaient habitués à ce chemin escarpé, grâce à l'entraînement rigoureux de Cirilla, leur mentor. Elle les avait formés sans relâche, les obligeant à monter et descendre cette montagne plusieurs fois par semaine. Leur endurance et leur agilité étaient le fruit de ces exercices intenses. Chaque rocher, chaque racine d'arbre, leur était familier, et leurs muscles, sculptés par l'effort, répondaient avec précision à chaque défi du sentier glissant.
"Je me souviens encore de la première fois que Cirilla nous a fait monter ici," dit Pally, esquissant un sourire. "Je croyais que mes jambes allaient lâcher."
Merwinn hocha la tête. "Oui, elle n'a montré aucune pitié. Mais regarde-nous maintenant. On grimpe ça comme des pros."
"À l’époque, c’était notre terrain de jeu et de souffrance," ajouta Pally en riant.
À mesure qu'ils grimpaient, ils se souvenaient des nombreuses séances d'entraînement avec Cirilla, qui ne montrait jamais la moindre indulgence. Elle les avait poussés à dépasser leurs limites, les encourageant à grimper plus haut, à courir plus vite, et à se battre plus fort. Ses leçons n'étaient pas seulement physiques ; elle leur enseignait aussi la discipline, la stratégie, et l'art de l'épée. Ses yeux perçants et son attitude implacable les avaient souvent terrifiés, mais c'était cette rigueur qui les avait transformés en jeunes guerriers redoutables.
"Tu te rappelles cette fois où toi et moi l'avions presque touchée avec nos épées en bois ?" demanda Merwinn.
"Haha, oui, on lui avait fait notre spéciale, elle était débordée !" dit Pally en se grattant le bas du nez, fier de lui-même. "Elle a été contrainte d'utiliser ses pouvoirs sinon on l'aurait touchée, c'est sûr."
Leur mentor leur avait inculqué non seulement la force et l'agilité, mais aussi la souplesse et la précision. Ils avaient appris à se déplacer avec une fluidité surprenante, leurs mouvements devenant aussi naturels que leur respiration. Cirilla avait insisté sur l'importance de la souplesse, leur faisant exécuter des enchaînements compliqués jusqu'à la perfection. Les souvenirs de ces entraînements revenaient en force, alimentés par la vue de cette montagne qui avait été leur terrain de jeu et d'épreuves.
"Ou encore quand elle nous a jetés dans la rivière et qu'on devait nager de l'autre côté alors que le courant aurait pu nous emporter loin. C'était vraiment une question de vie ou de mort là," se remémora Merwinn. "Je pensais vraiment ne jamais y arriver."
"Et quand elle a dit que ce n'était qu'un échauffement, et qu'on devait faire dix allers-retours," ajouta Pally.
"Haha oui, tu étais tellement en colère que tu lui avais balancé un caillou qu'elle a esquivé, attrapé en plein vol et te l'a rebalancé dans la tronche," ajouta Merwinn en riant.
Ils éclatèrent de rire, leurs éclats résonnant dans l'air frais de la montagne. Leurs rires, innocents et joyeux, se mêlaient au fracas assourdissant de la cascade en contrebas. L'écho de leurs voix d'enfants s'étendait à travers la vallée enneigée, créant une mélodie harmonieuse avec le rugissement de l'eau qui se déversait dans l'étendue gelée.
Le paysage autour d'eux était époustouflant. Les arbres figés dans la glace brillaient sous le soleil hivernal, leurs branches alourdies par la neige scintillant comme des diamants. La cascade, majestueuse et puissante, semblait éternelle et immuable, sa force brute contrastant avec la délicatesse des flocons de neige qui dansaient dans l'air.
"Écoute ça," dit Pally en s'arrêtant un instant, les mains sur les hanches. "On dirait que la montagne rit avec nous."
Merwinn hocha la tête, un sourire aux lèvres. "Ouais, c'est comme si la nature elle-même se souvenait de nos aventures avec Cirilla."
Ils se remirent en marche, leurs esprits animés par ces souvenirs.
Ils se rappelaient aussi de la bataille contre les bandits pourpres, où tout ce qu'ils avaient appris avait été mis à l'épreuve. Cirilla avait réussi à les libérer des griffes des bandits, mais c'était grâce à l'entraînement rigoureux qu'ils avaient pu tenir tête et finalement triompher. Ils étaient les seuls à avoir réussi à s'échapper de l'esclavage imposé à leur village.
"Sans Cirilla, nous n'aurions jamais survécu contre les bandits pourpres," dit Merwinn, pensif. "Elle nous a vraiment sauvé la vie."
C'était la deuxième fois que Merwinn irritait Pally en rappelant que Cirilla les avait sauvés, et cela touchait son ego.
"En tout cas, aujourd'hui je suis bien plus fort qu'auparavant. Je l'aurais bouffé tout cru, le chef des bandits, et sans aucune aide," rétorqua Pally.
Merwinn leva les yeux au ciel, amusé par la réaction de son ami. "Moi aussi, j'ai fait des progrès. Je me suis beaucoup entraîné quand tu ronflais encore le matin," dit-il avec un sourire en coin.
"Malgré tous les progrès que tu feras, Merwinn, je serai toujours plus fort que toi," dit Pally, croisant les bras derrière sa tête et adoptant une attitude nonchalante.
Merwinn, piqué par la remarque, sortit son épée en bois du fourreau et frappa avec rapidité. Pally bloqua immédiatement avec la sienne. Le fracas des deux épées en bois fit s'envoler plusieurs oiseaux, perturbant le silence de la montagne.
Le visage de Pally s'anima avec une énergie de défi, comme si une flamme venait de s'allumer en lui.
"Qu'est-ce que tu dis d'un duel, ici et maintenant ?" dit Merwinn, un sourire rempli de défi étirant ses lèvres.
"J'attendais que ça..." répondit Pally avec le même sourire.
Merwinn ne perdit pas de temps. Il s'élança avec agilité, frappant rapidement et enchaînant les attaques. Son épée en bois siffla dans l'air, visant les flancs et les jambes de Pally, qui se défendait avec aisance. Le fracas des deux épées en bois résonnait dans l'air, un son sec et net qui se répercutait à travers la montagne. Pally reculait, parant chaque coup avec précision, ses mouvements fluides et maîtrisés.
"Pas mal, Merwinn, mais tu devras faire mieux que ça," dit Pally en bloquant un coup rapide visant son épaule gauche.
Merwinn, déterminé, augmenta la cadence. Il frappait avec une rapidité impressionnante, ses coups se succédant sans répit. Pally continuait de reculer, absorbant les attaques de son ami tout en gardant un œil sur le terrain accidenté. Ils s'enfonçaient de plus en plus dans la montagne, leurs pas laissant des empreintes nettes dans la neige.
Merwinn enchaîna une série de frappes diagonales, alternant entre le côté gauche et le côté droit de Pally, essayant de briser sa défense. Ses frappes partaient du bas pour remonter ensuite vers le haut, attaquant successivement la jambe gauche, l'abdomen droit, puis la tête de Pally.
Pally sentit la tension monter dans cet enchaînement, mais anticipa tout de même chaque mouvement, parant les coups avec une habileté et une précision déconcertantes, ses bras répondant instinctivement aux attaques.
"Tu te relâches, Pally. Je vais finir par te toucher," taquina Merwinn en lançant une nouvelle attaque visant les jambes de Pally.
"On verra bien," répondit Pally avec un sourire amusé, sautant légèrement pour éviter le coup.
Pally esquiva directement une attaque verticale de bas en haut de Merwinn en bougeant latéralement d'un pas sur le côté, il sentit l'épée de Merwinn lui frôler le visage. Mais c'était contrôlé, se dit-il.
Soudain, Pally se retourna et courut dans la direction de l'amont de la montagne, ses pieds glissant légèrement sur la neige. L'adrénaline parcourait leurs veines, et ils étaient excités et pleins d'énergie, la vie bouillonnant en eux. Leurs rires éclataient dans l'air froid, se mêlant au bruit assourdissant de la cascade.
Ils approchaient du pont, et Merwinn, en attaquant, tenta une feinte sur le côté pour frapper horizontalement par surprise sur le flanc opposé. Pally esquiva de justesse, à la manière d'un acrobate, tout en parant l'attaque d'un coup puissant, ce qui désarma Merwinn et le fit tourner sur lui-même.
Pally se redressa et s'avança sur le pont, pendant que Merwinn, sans se laisser décourager, le suivait pour continuer ses assauts.
Le pont, légèrement glissant sous leurs pieds, bougeait légèrement avec chaque pas et était secoué par le vent glacial qui sifflait à travers les planches de bois. La cascade rugissante en contrebas ajoutait une menace constante ; une chute de ce pont signifierait une descente directe dans les eaux tumultueuses. Pourtant, malgré le danger évident, ni Pally ni Merwinn ne paniquaient. L'adrénaline bouillonnait en eux, focalisant leur attention entièrement sur leur duel.
Pally et Merwinn haletaient, leurs souffles formant de petits nuages de vapeur dans l'air glacial. Leurs visages étaient rougis par l'effort et le froid, et des gouttes de sueur perlaient sur leurs fronts malgré les températures hivernales. Pally, plus endurant, montrait des signes de fatigue mais restait solide sur ses appuis, ses mouvements encore précis et déterminés. Ses yeux brillaient de concentration, une lueur de défi animant son regard.
Merwinn, quant à lui, était visiblement plus épuisé. Ses respirations étaient plus rapides et ses épaules se soulevaient lourdement à chaque inspiration. Son épée en bois tremblait légèrement dans sa main, et ses jambes semblaient prêtes à céder sous la tension du duel. Pourtant, il refusait d'abandonner, son regard déterminé fixé sur Pally, prêt à continuer le combat malgré la fatigue évidente.
"Pas mal, Merwinn. Mais tu sembles à bout de souffle," lança Pally, un sourire en coin.
"Je ne suis pas encore fini," rétorqua Merwinn, resserrant sa prise sur son épée, déterminé à prouver qu'il pouvait encore tenir tête à son ami.
Merwinn, inspiré par un second souffle, tenta une série d'attaques complexes, espérant surprendre Pally. Ce dernier, bien que légèrement déstabilisé, resta en contrôle, esquivant et parant chaque coup avec une habileté impressionnante.
Soudain, Pally décida de passer à l'offensive. Il dévia une attaque fragile de Merwinn, due à la fatigue, et riposta avec une rapidité fulgurante. Merwinn, surpris par le changement de rythme, recula précipitamment, ses pieds glissant légèrement sur le bois du pont.
"Tu n'as pas encore vu tout ce que je sais faire," dit Pally, les yeux brillants de détermination.
Le duel prit une nouvelle tournure. Pally attaquait avec force et précision, forçant Merwinn à reculer et à se défendre avec acharnement. Les coups pleuvaient, leurs épées en bois s'entrechoquant avec un son clair et net. Le pont suspendu tremblait légèrement sous leurs pieds.
Merwinn, bien que repoussé, ne se laissait pas abattre. Il utilisa son agilité pour esquiver les attaques de Pally, cherchant des ouvertures pour contre-attaquer. Leur complicité et leur connaissance mutuelle rendaient le combat fascinant à observer, chaque mouvement anticipé et contré avec une précision remarquable.
"Ce pont marque la fin de ton voyage !" dit Pally avec une voix grave se voulant dramatique.
Pally, après un dernier assaut puissant, désarma Merwinn d'un mouvement habile. L'épée en bois de Merwinn vola dans les airs avant de retomber sur le pont avec un bruit sourd.
"Bien joué, Merwinn. Tu t'es bien battu," dit Pally, tendant la main à son ami. Merwinn, essoufflé mais souriant, attrapa la main de Pally et se releva. "Toi aussi, Pally. Tu es vraiment trop fort ! J'ai tout donné pourtant."
"Je faisais le gars cool, mais en vrai tu m'as beaucoup impressionné, tes progrès sont fulgurants !" s'exclama Pally, surpris.
Merwinn reprit son épée et s'installa à côté de Pally. Ils restèrent un moment sur le pont, reprenant leur souffle et appréciant la beauté du paysage autour d'eux.
La cascade grondait en dessous, et le soleil d'hiver illuminait la scène d'une lumière douce et dorée.
"Prêt à continuer notre mission ?" demanda Pally en souriant.
"Prêt," répondit Merwinn, déterminé. "Allons retrouver Marcel."
Après avoir traversé le pont, ils descendirent la montagne avec précaution. La neige recouvrait le sentier, créant un paysage d'une blancheur éclatante, chaque pas dans la neige fraîche émettant un léger crissement. La descente, bien que glissante, leur semblait plus facile après l'intensité de leur duel.
Finalement, ils atteignirent un plateau plus bas où la maison de Cirilla se trouvait. L'endroit était enchanteur même en hiver. La cabane en bois, construite avec des rondins épais, se tenait solidement contre le flanc de la montagne. Des guirlandes de lumière scintillaient aux fenêtres, ajoutant une touche de chaleur et de réconfort à la scène glaciale. Un toit de neige alourdissait légèrement la cabane, mais la cheminée fumante laissait deviner un intérieur accueillant et chaud.
Les arbres environnants, des sapins majestueux, étaient couverts de neige, leurs branches lourdes formant des arches naturelles qui semblaient protéger la cabane. En arrière-plan, les montagnes enneigées s'étendaient à perte de vue, leurs sommets étincelant sous le soleil d'hiver. Le ciel était clair, d'un bleu profond, et l'air était pur et mordant.
En face de la cabane, un petit potager recouvert par la neige laissait deviner quelques légumes d'hiver, courageux survivants du froid.
Sur le côté, une structure particulière attirait leur attention. Cinq rondins en bois étaient placés en hauteur, formant une plateforme d'entraînement. Les rondins étaient disposés de manière symétrique, avec certains plus grands que d'autres, partant du rondin central. C'était ici que Pally et Merwinn s'entraînaient à l'équilibre tout en devant se battre l'un contre l'autre sans tomber, sous les conseils avisés et autoritaires de Cirilla.
"Regarde, Merwinn, les rondins sont encore là," dit Pally avec un sourire nostalgique. "Combien de fois avons-nous chuté de ces plateformes avant de réussir à tenir dessus ?"
"Plus que je ne peux compter," répondit Merwinn en riant. "Cirilla nous forçait à recommencer encore et encore, jusqu'à ce que nous puissions nous battre sans tomber."
Ils se souvenaient des heures passées à sauter d'un rondin à l'autre, leurs pieds cherchant désespérément à trouver un équilibre stable tout en parant les coups de leur adversaire. Cirilla se tenait en bas, les observant avec ses yeux perçants, corrigeant leur posture et leur technique d'une voix ferme.
"Ne baissez pas votre garde ! Restez concentrés !" criait-elle souvent. Ses mots résonnaient encore dans leurs esprits, rappelant l'intensité de leurs entraînements.
Une fine rivière gelée serpentait non loin de la cabane, son eau claire et immobile capturant la lumière du soleil, créant des reflets scintillants. Le calme environnant n'était perturbé que par le doux murmure du vent à travers les arbres.
"Tu penses que Cirilla est là ?" demanda Merwinn.
"Non, elle a l'habitude d'allumer un feu et là je ne vois aucune fumée sortir de sa cheminée," répondit Pally. "Mais c'est une excellente nouvelle...", lança-t-il d'un air suspicieux.
"Ah bon, pourquoi ?" demanda Merwinn.
"Tu vas comprendre ! Suis-moi !" répondit Pally tout excité.
Ils coururent jusqu'à la maison de Cirilla, oubliant totalement la mission pour laquelle ils étaient venus à la base, et entrèrent en toute illégalité dans la maison de Cirilla.
L'intérieur de la maison de Cirilla était simple et rustique. La salle principale avait une ambiance très minimaliste. Une cheminée imposante dominait le mur central, équipée d'un support pour accrocher un pot afin de faire cuire des aliments. Près de la cheminée, deux chaises en bois semblaient attendre que quelqu'un s'y installe pour profiter de la chaleur du feu lorsqu'il est allumé.
Des draps posés à même le sol témoignaient des nuits passées ici, ajoutant une touche de confort spartiate à cet espace. Une grande table en bois massif occupait le centre de la pièce principale, encombrée de cartes anciennes, de livres aux couvertures usées et d'armes soigneusement entretenues. Les cartes étaient marquées de notes et de dessins, indiquant des lieux stratégiques et des itinéraires détaillés. Les livres semblaient avoir été lus maintes fois, leurs pages jaunies portant les marques de nombreux voyages et de longues heures d'étude.
Autour de la table, des étagères sommaires étaient chargées de parchemins roulés, de potions aux couleurs vives et d'objets utilitaires. Les armes, soigneusement rangées, allaient des épées et des dagues aux arcs et flèches, chaque pièce étant entretenue avec le plus grand soin. La salle était tout de même assez sombre avec très peu de fenêtres.
"Wow, c'est encore plus impressionnant que dans mes souvenirs," murmura Merwinn, les yeux écarquillés.
"Oui, on pourrait passer des heures ici à découvrir des trésors," répondit Pally, son excitation palpable. "Mais concentrons-nous, sur nos trésors."
"Nos trésors ?" s'interrogea Merwinn.
"Oui... GEUUUUUUUUUUUH!!!" s'exclama Pally, faisant une grimace exagérée et pointant du doigt devant lui.
"OUAAA! QUOI! QU'EST-CE QU'IL Y A ?" s'exclama Merwinn, pris de panique.
Merwinn regarda devant lui et vit deux épées suspendues sur des supports accrochés à la structure en bois. Ces épées étaient de la même taille, forgées dans un acier de qualité supérieure, avec des manches finement sculptés et parfaitement équilibrés.
"NOS TRÉSORS !!!!" s'exclama Merwinn.
Ces armes appartenaient à Pally et Merwinn, mais leur possession avait été brièvement révoquée par Braum et Cirilla, qui n'approuvaient pas que deux enfants manient de telles lames. En échange, ils avaient été obligés d'utiliser des épées en bois pour leur entraînement.
"Les voilà," murmura Pally en tendant la main vers son épée, ses doigts effleurant la lame froide. "Nos véritables armes. Nos bébés..."
Merwinn s'approcha également, ses yeux brillant de fierté en retrouvant son épée. "Tu te souviens de la première fois qu'on les a tenues ? C'était comme si elles avaient été faites pour nous."
"Oui," répondit Pally, un sourire nostalgique aux lèvres. "Elles le sont. Et un jour, Braum et Cirilla comprendront que nous sommes prêts."
Ils restèrent ainsi, un moment figés devant leurs armes, profitant de cet instant de retrouvailles.
"ALLEZ ! Ne perdons pas plus de temps ! On les prend," dit Pally sans hésiter.
Ils déposèrent leurs épées en bois avec une certaine solennité, comme s'ils se séparaient d'anciennes amies, puis s'équipèrent de leurs vraies épées. Merwinn et Pally ressentirent immédiatement une connexion profonde avec ces armes. En les saisissant, ils ressentirent un frisson de puissance et de familiarité parcourir leurs bras. Les épées, parfaitement équilibrées, semblaient faites sur mesure pour eux.
Merwinn caressa le manche de son épée, sentant la texture familière du cuir usé sous ses doigts. "Ça fait tellement du bien de la retrouver," murmura-t-il, les yeux brillants d'émotion.
Pally hocha la tête, un sourire nostalgique sur les lèvres. "On a traversé tellement de choses avec elles. C'est comme retrouver une partie de nous-mêmes."
Ils prirent une grande bouffée d'oxygène et soufflèrent de soulagement, savourant la sensation de leur épée chérie dans leurs mains. Une nouvelle énergie semblait les envahir, une détermination renouvelée par la présence rassurante de leurs armes.
Soudain, ils entendirent une voix appeler à l'aide : "AU SECOURS ! À L'AIDE !!" Ils sursautèrent tous les deux, se figèrent et se regardèrent l'un et l'autre, l'inquiétude et la détermination se lisant dans leurs yeux.