Chapitre 3

Une abeille pas comme les autres

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Pally et Merwinn, excités à l'idée de vivre une nouvelle aventure, se dirigèrent vers le sud du village en direction de la grande forêt de Sleepinwood. Le soleil de 10h baignait la forêt d'une lumière douce et dorée, réchauffant légèrement l'air frais du matin. La neige, encore fraîchement tombée, scintillait sous les rayons du soleil. À mesure qu'ils avançaient, la lumière du soleil jouait à travers les branches des arbres, créant une alternance envoûtante de lumière et d'ombre sur le sol enneigé. Des petites traces de rongeurs se dessinaient sur la neige immaculée, témoignant de la vie secrète qui animait cette forêt paisible. De temps en temps, un écureuil curieux apparaissait, observant les deux aventuriers avant de disparaître rapidement dans les hauteurs des arbres.

Pally et Merwinn marchaient avec enthousiasme, leurs épées en bois accrochées dans leur dos, prêts à affronter toutes les aventures que la forêt pourrait leur réserver. Leurs pas faisaient crisser la neige sous leurs bottes, et ils échangeaient des sourires complices, excités par la mission que Braum leur avait confiée.

"Regarde, Merwinn," dit Pally en pointant du doigt une série de petites empreintes de pas dans la neige. "Ça doit être un lapin."

Merwinn hocha la tête, les yeux brillants d'excitation. "C'est vraiment trop bien ! J'aimerais beaucoup avoir un animal de compagnie que je pourrais mettre dans ma poche et qui me suivrait partout où j'irais."
"Et tu l'appellerais comment ?" demanda Pally.
"Moshi !" rétorqua Merwinn.
"Moshi ? Ça veut dire quoi ?"
"J'en sais rien, je trouve juste que ça sonne mignon, haha !"
"Moshi ? Moi, ce nom me donne faim..." répondit Pally en se tenant le ventre qui gargouillait.
"Hey Moshi n'est pas à manger !" s'exclama Merwinn.
"Moshiiiiiii j'ai faim !!!!" dit Pally sous le ton de l'humour.
Les enfants ricanèrent.

"On pourra essayer d'en capturer un quand l'occasion se présentera," répondit Pally. "En attendant, trouvons ce miel pour les RUMSTEAK DU DÉLICES!" des étoiles se faisant de nouveau lire dans leurs yeux à la mention de ces délicieux rumsteak.

Merwinn reprenant ces esprits demanda, "Tu as une idée de l'endroit où on pourrait chercher?"
Pally hocha la tête avec assurance. "La dernière fois que je suis venu ici, j'ai vu plusieurs abeilles aller vers un endroit derrière le ruisseau à quelques km. On devrait commencer par là."

Les deux enfants marchèrent donc en suivant le son apaisant du ruisseau, leurs pas synchronisés avec le doux murmure de l'eau.

Ils arrivèrent finalement à un endroit où le ruisseau s'élargissait légèrement et remarquant un tronc d'arbre séché, posé en travers de l'eau, formant un pont naturel. Le tronc, probablement déplacé par les crues ou les vents forts, offrait une passerelle idéale pour traverser le ruisseau sans se mouiller.

"Regarde, Merwinn, on peut traverser ici," dit Pally en désignant le tronc. "Fais attention à ne pas glisser."
Merwinn acquiesça et suivit Pally, grimpant prudemment sur le tronc. L'équilibre était essentiel, car le bois, bien que solide, était parfois glissant à cause de la fine couche de glace qui le recouvrait. Les deux garçons avancèrent lentement, leurs bras tendus pour garder leur équilibre.

Le son de l'eau qui coulait sous eux ajoutait une note d'aventure à leur traversée. Pally et Merwinn, ressentant l'excitation de cette traversée, avaient l'impression de braver un grand danger. Leurs cœurs battaient la chamade alors qu'ils s'équilibraient sur le tronc d'arbre, se sentant comme de véritables explorateurs où le moindre faux pas serait fatal.
"Fais attention à ne pas tomber dans la lave, Merwinn !" s'exclama Pally, les yeux brillants. "Elle te tuerait instantanément !"
"Oui !" répondit Merwinn, ses mains tremblant légèrement d'excitation et se prenant un peu trop au jeu de son imagination débordante. "Il ne faut surtout pas que je tombe..." se dit-il à lui-même.
L'adrénaline pulsait dans leurs veines alors qu'ils franchissaient le ruisseau. Leur imagination débordante transformait cette simple traversée en une épopée héroïque, où chaque bruit de l'eau se présentait à eux comme du magma en fusion et chaque éclat de lumière ajoutait à la magie de leur quête.

Une fois de l'autre côté, ils sautèrent sur le sol enneigé, fiers de leur exploit.
"Bien joué, chevalier Merwinn," dit Pally avec un sourire, lui tendant la main et désignant de l'autre la suite de leur aventure. "On continue par là. Je suis sûr que les abeilles viennent de cette direction."
Merwinn sourit en retour, se sentant plus confiant après avoir traversé le ruisseau, et prit la main de Pally. "D'accord, je te suis. Trouvons ce miel !"
Ils reprirent leur marche, suivant les traces discrètes laissées par les abeilles qu'ils avaient observées plus tôt.

En marchant dans la forêt pendant quelques minutes, ils entendirent des bourdonnements. Ils étaient sur la bonne piste. Ils se mirent à courir vers ces bruits, et virent une belle grosse ruche accrochée à une branche basse d'un grand chêne portant la neige.

"Par-là !" chuchota Pally à Merwinn.

Ils se cachèrent rapidement derrière un buisson pour observer la scène de loin, à l'abri des abeilles. La ruche était impressionnante, de forme ovale, avec une texture rugueuse et dorée, semblable à du papier mâché, mais beaucoup plus solide. Les couches de cire qui la composaient formaient des motifs ondulés et harmonieux, témoignant de l'incroyable travail des abeilles. Elle pendait lourdement sous la branche, légèrement recouverte de neige, qui scintillait sous les rayons du soleil.

"Magnifique !" chuchota Pally.

Autour de la ruche, une nuée d'abeilles bourdonnait de manière incessante. Elles allaient et venaient en un ballet parfaitement orchestré, leurs ailes transparentes créant un doux vrombissement dans l'air froid de la forêt. Leurs petits corps noirs et jaunes se déplaçaient avec une précision étonnante, entrant et sortant de la ruche par de petites ouvertures parfaitement alignées.

Ils restèrent un moment à observer, captivés par le spectacle.
"Mais Pally, comment on va faire pour récupérer le miel ? Les abeilles sont tellement nombreuses, elles nous en empêcheront," s'interrogea Merwinn, inquiet.
"Hmmm..." réfléchit Pally. "HA ! Je sais !" répondit-il avec un petit sourire malicieux.

Pally demanda à Merwinn de se positionner à un endroit où il serait visible par les abeilles et lui demanda surtout de ne pas bouger.
"Va là-bas, Merwinn. Juste devant ce tronc, et surtout, ne bouge pas," murmura Pally en pointant un endroit dégagé.
Merwinn, un peu perplexe, hocha la tête. "D'accord, mais qu'est-ce que tu comptes faire ?"
"Fais-moi confiance," répondit Pally avec un clin d'œil.
Merwinn, toujours plein de questions, se plaça à l'endroit indiqué. Pally, pendant ce temps, se mit à ramasser discrètement des cailloux en se rapprochant du buisson. Une fois en place, il se tourna vers Merwinn avec un sourire malicieux.
"Tu es prêt ?" demanda-t-il.
"Euuh... prêt à quoi ?" répondit Merwinn, un peu naïvement.
"À courir !" cria Pally en lançant les cailloux sur la ruche.
Instantanément, Pally se cacha dans le buisson tandis que les abeilles, sorties en masse et furieuses, repéraient Merwinn comme le seul coupable possible. Terrifié, Merwinn commença à courir dans une direction qui l'éloignait de Pally.

"FUUUMIIIERRR!!!!" cria-t-il, sa voix se faisant entendre de moins en moins à mesure qu'il s'éloignait en courant.

"Bon courage, mon pote !" s'exclama Pally, tout en observant la scène, mort de rire.

"Bon... maintenant que l'endroit est calme, c'est le moment de récupérer le miel," murmura Pally à lui-même.

Il sortit un pot de sa poche, monta à l'arbre et mit sa main dans la ruche pour récupérer le miel. Mais à peine une seconde après avoir inséré sa main, il reçut une grosse piqûre.

"AOUCH !" cria-t-il, lâchant prise de l'arbre. Il tomba en se mangeant plusieurs branches avant de se cogner la tête au sol.
"aaaa..." gémit Pally. "J'imagine que c'est mon karma..." dit-il avec un peu d'agonie.

En relevant la tête, il vit une abeille anormalement grosse et... bleue ! Il fit une roulade en arrière, lâchant le pot, et sortit son épée de bois de son dos dès que possible, la présentant devant lui en cas d'attaque.

Ses yeux, d'habitude pleins de malice, étaient devenus sérieux. Il observa cette énorme abeille qui commença doucement à s'avancer vers lui pour régler ses comptes.

L'abeille qui se tenait devant Pally était d'une taille impressionnante, mesurant au moins la moitié de la ruche. Son corps massif était d'un bleu sombre, presque nocturne, strié de rayures noires qui accentuaient son apparence menaçante. Ses ailes, translucides mais robustes, émettaient un son lourd et inquiétant.

Les yeux de l'abeille, d'un noir profond et brillant, semblaient observer Pally avec une intelligence glaciale. Ses antennes épaisses se dressaient, captant chaque mouvement de l'air. Sa tête était légèrement inclinée vers l'avant, donnant l'impression qu'elle se préparait à attaquer.
Son abdomen se terminait par un dard redoutable, aussi long que la moitié du bras de Pally, et d'une luisance inquiétante. Les pattes de l'abeille, épaisses et couvertes de poils, se déplaçaient avec une agilité surprenante pour une créature de cette taille.

L'abeille avançait lentement mais sûrement vers Pally, chaque mouvement de son corps imposant dégageant une aura de danger imminent. Le bleu sombre de son corps semblait absorber la lumière environnante, ajoutant à l'atmosphère déjà lourde de tension.

Le son lourd et inquiétant de ses ailes résonnait dans l'air à mesure qu'elle s'approchait de Pally, semblable à un tambour profond et lent, créant une ambiance oppressante autour de Pally. Chaque battement d'aile envoyait une vibration à travers l'air, renforçant la présence intimidante de l'abeille.

Pally, son épée de bois brandie devant lui, sentait son cœur battre la chamade. Il n'avait jamais vu une abeille de cette taille et de cette couleur auparavant, et il ressentait instinctivement le danger qu'elle réprésentait.

Pally se mit en garde, prêt à parer l'attaque de l'abeille bleue. "Allez, viens," murmura-t-il, déterminé à se défendre contre cette créature inhabituelle.

L'abeille bleue chargea Pally avec son dard pointé en avant. Pally, les muscles tendus, parvint à dévier le dard avec son épée en bois, bien que celle-ci s'était un peu effritée sous l'impact de l'attaque féroce de l'abeille qui fendait l'air. Pally fut surpris par la puissance de l'attaque de l'abeille, qui semblait se jeter sur lui avec une telle intensité, comme si chaque coup était son dernier souffle de vie. Il riposta immédiatement avec un coup en taillade, mais l'abeille esquiva avec une agilité surprenante, continuant sa course derrière lui.

L'abeille marqua un temps d'arrêt, ses antennes frémissant tandis qu'elle évaluait la situation. Pally, les pieds bien ancrés au sol, attendait le prochain assaut, prêt à réagir. Cependant, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour son épée en bois, qui montrait déjà des signes d'effritement après l'impact précédent. Il se dit qu'il devait trouver une solution pour éviter de subir trop d'attaques directes, sous peine de voir son épée se briser et de se retrouver sans défense.

Une idée lui vint soudainement. Il pivota sur ses talons et se mit à courir dans la direction opposée.

L'abeille bleue, voyant sa proie lui tourner le dos, chargea de nouveau, son dard prêt à frapper. Pally se précipita vers l'arbre où se trouvait la ruche. Au moment où l'abeille allait presque planter son dard dans son dos, il fit un pas, deux pas sur le tronc de l'arbre, se retrouvant à l'horizontale. Avec une agilité féline, il sauta en arrière, effectuant un saut périlleux dans les airs.
L'abeille, emportée par son élan, planta son dard profondément dans l'arbre, y restant coincée. Pally, en pleine rotation de 180 degrés, frappa de toute sa force d'un coup horizontal, son épée en bois rencontrant l'abdomen de l'abeille dans un craquement sourd. La force du coup propulsa l'abeille jusqu'à un autre arbre, où elle s'écrasa lourdement.
Pally retomba avec grâce, effectuant une pirouette qui le fit atterrir sur ses deux jambes comme un chat. Il reprit immédiatement sa posture de combat, son regard fixé sur l'abeille bleue. Celle-ci titubait, visiblement affectée par le coup, mais encore loin d'être hors d'état de nuire.

"Alala, si j'avais ma vraie épée, le combat serait déjà terminé," murmura Pally, exaspéré de la situation.

L'abeille, bien que blessée, se redressa avec difficulté, ses ailes battant frénétiquement pour se stabiliser. Elle émit un vrombissement furieux, ses yeux noirs fixés sur Pally avec une lueur de vengeance. Le jeune garçon savait qu'il n'avait pas beaucoup de temps avant qu'elle ne se lance dans un nouvel assaut.

Pally se déplaça rapidement sur le côté, cherchant un angle d'attaque avantageux. L'abeille s'éleva légèrement, puis plongea vers lui avec une vitesse déconcertante. Pally esquiva de justesse, sentant le vent du dard frôler son épaule. Il contre-attaqua avec une série de coups rapides, cherchant à désorienter la créature.

Le combat devint une danse frénétique, chaque mouvement de Pally étant une question de vie ou de mort. Il utilisait son environnement à son avantage, se servant des arbres pour se propulser et attaquer avec une agilité impressionnante. L'abeille, bien que massive, montrait une ténacité redoutable, répliquant avec des attaques précises et rapides.

Chaque battement d'aile, chaque bourdonnement résonnait comme un compte à rebours sinistre. Pally sentait l'épuisement commencer à peser sur ses membres, mais il ne pouvait pas se permettre de ralentir. L'abeille, elle, ne montrait aucun signe de fatigue, ses mouvements restant rapides et précis, comme si elle ne ressentait rien, ni douleur, ni fatigue.

Pally trouvait cela étrange et inquiétant, se demandant comment une abeille de cette taille pouvait continuer à se battre avec une telle vigueur. "Cela n'a rien de naturel," se disait-il. Mais assez de réflexions ! Il devait trouver un moyen de neutraliser l'abeille avant qu'elle ne parvienne à le toucher de son dard mortel.

Pally ne voyait pas comment il allait mettre hors d'état de nuire cette abeille infatigable. Son épée ne tiendrait pas longtemps, et fuir ne servirait à rien, elle était beaucoup trop rapide. Il se dit en lui-même qu'il devait utiliser ce pouvoir qui l'habitait, même s'il ne savait pas le contrôler et qu'on lui avait formellement interdit de l'utiliser vu les dangers que cela pouvait causer à lui-même et à son entourage.

Mais il n'avait pas le choix.

L'abeille attaqua furieusement, comme pour en finir. Pally se concentra, fermant les yeux et levant la paume de sa main en direction de l'abeille. Au dernier moment, il ouvrit les yeux avec détermination, et des flammes jaillirent de sa main dans tous les sens, certaines atteignant l'abeille. Celle-ci agonisa et tomba par terre non loin de Pally, les flammes la consumant.

Pally sentit des brûlures au niveau de sa main, ce qui lui fit crisper le visage. Il ne contrôlait pas ses flammes, qui jaillissaient un peu partout, brûlant l'herbe visible autour de lui. Il se dépêcha de marcher dessus pour éteindre toutes les flamèches au sol.

Pally se redressa, encore sous le choc de ce qui venait de se passer. Il se força à calmer sa respiration, sentant l'adrénaline redescendre doucement. La neige autour de lui fumait à peine. Il souffla de soulagement de ne pas avoir crée un incendie.

Il regarda sa main, elle contenait quelques brûlures, mais rien d'alarmant.
En revanche, un frisson le parcourut alors qu'il repensait à l'histoire que Titis avait racontée la veille les mages Délanars... Et si... ? Et si quelque part, très loin dans son sang, coulait quelque chose de Délanar ?

Son regard se redressa de nouveau vers l'abeille, qui agonisait jusqu'à finir par ne plus bouger, laissant les flammes la consumer totalement.

L'odeur de cette abeille calcinée était nauséabonde, bizarre et étrange. Pally n'avait jamais senti une telle chose.

Au fur et à mesure que l'abeille, morte à présent, brûlait, sa taille rapetissait. Ce qui avait été une créature gigantesque devenait de plus en plus petit, jusqu'à atteindre la taille d'une abeille normale. Finalement, elle disparut sous les flammes, qui finirent par s'éteindre totalement, laissant seulement quelques cendres et une odeur persistante dans l'air. Pourquoi cette abeille était-elle passée de gigantesque à une taille normale ? Que lui était-il arrivé ? D'où lui venait cette force surprenante ?

"Aaah, je me pose trop de questions !" s'exclama Pally à voix haute, fatigué de ces réflexions. "Récupérons plutôt ce miel !"

Il reprit son pot, qui heureusement n'était pas cassé, et puisant dans la ruche, il le remplit de miel.

Pally entendit crier Merwinn au loin. "PALLLY !!!". Il ne voyait pas encore son ami, mais il était content de l'entendre arriver afin de lui conter ses exploits. "Aah Merwinn t'es enfin là, il faut que j'te rac..." commença-t-il.

Merwinn le coupa en hurlant, "PALLY COUUUURSSS !"

Pally vit alors Merwinn affolé, poursuivi par le tas d'abeilles qu'il avait énervées avec ses cailloux. Pally fit une grimace, ses yeux s'écarquillant de terreur. "GEEEEEEEEEEEEUUUUH !" s'exclama-t-il avant de se mettre à courir avec Merwinn.

S'enclencha alors une course-poursuite effrénée. "PUREE MERWINN TU T'ES TOUJOURS PAS OCCUPÉ D'ELLES !!"
"QU'EST-CE QUE TU VOULAIS QUE JE FASSE ? TU M'AS MIS DANS LA SAUCE SANS ME PRÉVENIR, FUMIER !" répliqua Merwinn en criant.

"AAAAAAAAH !" cria Pally, cherchant désespérément une solution. En avançant près du ruisseau, il hurla à Merwinn, "LA, DANS L'EAU !"

Ils plongèrent tous les deux tête la première dans le ruisseau glacé. L'eau les enveloppa instantanément, leur coupant le souffle. Ils se cachèrent sous l'eau, entendant les bourdonnements des abeilles au-dessus d'eux, le son étant légèrement altéré mais toujours inquiétant.

Leur environnement devint soudainement oppressant, les rayons du soleil filtrant à peine à travers la surface de l'eau agitée par les abeilles en furie. Les poissons effrayés filaient entre les rochers, et les bulles d'air s'échappaient de leurs bouches, rendant leur situation encore plus précaire.

Pally et Merwinn attendaient patiemment sous l'eau, mais ils commençaient à manquer d'air. La panique montait en eux, leurs poumons brûlant de l'intérieur. Les abeilles étaient bien décidées à attendre. Alors qu'ils étaient sur le point de remonter à la surface, Pally remarqua deux plantes aquatiques à proximité. Il les arracha et réalisa qu'elles avaient des tiges creuses.

"Tiens, prends ça !" dit-il en mimant à Merwinn d'utiliser la plante comme une paille.

Ils utilisèrent les tiges pour respirer sans avoir à sortir la tête de l'eau. Les bourdonnements au-dessus d'eux restaient menaçants, mais savoir qu'ils pouvaient respirer les aida à garder leur calme.

Dans l'attente, Merwinn jeta un coup d'œil à Pally et vit que l'une des flammes utilisées plus tôt avait brûlé une partie de son vêtement, révélant un bout de sa fesse. La vue était si inattendue et ridicule que Merwinn peinait à contenir son rire, provoquant une avalanche de bulles autour de sa tige.

"OOUAAA, c'est quoi cette tête ?" se dit Pally en remarquant l'expression de Merwinn, qui luttait désespérément pour ne pas éclater de rire. Pris dans le même fou rire silencieux, Pally essaya de retenir ses éclats, mais leurs tentatives se soldèrent par une cascade de bulles qui ne fit qu'attirer davantage l'attention des abeilles.

Les abeilles, piquées par la curiosité, commencèrent à se poser sur leurs tiges, investiguant les mystérieux bourdonnements et mouvements sous l'eau. La situation devenait de plus en plus périlleuse, mais aussi terriblement comique.

C'est alors que William apparut. En voyant deux idiots dans l'eau, soufflant des bulles autour de leurs tiges avec des abeilles furieuses au-dessus d'eux, il ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel d'exaspération. Brandissant la torche de feu qu'il avait apportée, il chassa les abeilles en quelques mouvements rapides.

Pally et Merwinn, libérés de leur tourment, émergèrent de l'eau en toussant et en crachant, essayant de dégager l'eau de leurs nez et oreilles. Trempés et épuisés, mais indemnes, ils se redressèrent péniblement.

"Vous êtes vraiment incorrigibles," déclara William d'un ton sec et sérieux.

"Qu'est-ce que tu fais là, William ?" demanda Pally, frigorifié, tout en essayant d'enlever l'eau de sa chaussure.

"Braum m'a donné l'ordre de vous aider pour le miel," répondit William, les yeux mi-clos de lassitude. "Vous avez oublié la torche pour récupérer le miel, idiots du village." Il jeta la torche enflammée par terre avec une précision exaspérée. "C'est chose faite, je vous laisse maintenant," ajouta-t-il avant de tourner les talons et partir sans un mot de plus.

"Pally, tu as pu récupérer le miel ?" demanda Merwinn, encore légèrement tremblant de leur escapade sous-marine.

"Oui, t'inquiète pas," répondit Pally avec un sourire malicieux. "Quelle aventure..."

Les deux garçons se regardèrent et éclatèrent de rire, réalisant enfin la folie de tout ce qui venait de se passer. Leurs rires résonnèrent dans la forêt, emportant avec eux la tension et les frayeurs de l'instant.